Articles Tagués ‘Torito de Mataderos’

Madrid, 1983, un certain Antonio Trilla croise Julio Cortazar à la terrasse d’un café.

Rayuela est paru en 1963 faisant de lui le plus grand écrivain argentin du XXème siècle. Passionné de boxe, il a également écrit un texte sublime, Torito, en hommage à Justo Suarez « El Torito de Mataderos« , l’idole du pays au tournant des années 30.

Le journaliste profite de l’aubaine et lui propose de discuter 15 minutes sur deux de ses grandes passions, le jazz et la boxe. Cortazar accepte. Extraits.

Pourquoi et comment t’es-tu intéressé à la boxe ?

Je ne me suis jamais posé la question, je m’intéresse à la boxe depuis tout petit. Tu sais, en Argentine, la boxe est un sport très populaire. Quand j’étais petit, nous avions un grand champion, le poids lourd Luis Angel Firpo, qui a eu une carrière extraordinaire. Il a combattu aux Etats-Unis, et disputé le titre de champion du monde des lourds à l’américain Jack Dempsey, en 1923. Dempsey était un grand champion et il a fini par battre Firpo. Mais au 3ème round, Firpo l’a mis KO ; l’arbitre et le public l’ont aidé à se relever. Techniquement, Firpo avait gagné le combat et Dempsey aurait dû être disqualifié. Mais le combat a continué et Dempsey a battu Firpo. J’avais neuf ans et cela a été une véritable tragédie nationale. Le pays a eu le sentiment de s’être fait voler la victoire. Certains ont même demandé à ce que l’on rompe les relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Ce combat a été à l’origine de ma passion pour la boxe. J’avais été très impressionné par ce qui était arrivé à Firpo et j’avais commencé à m’intéresser à ce sport qui, à l’époque, occupait beaucoup d’espace médiatique. Je lisais tout ce qui se publiait sur la boxe et j’écoutais les retransmissions des combats importants à la radio. Evidemment, comme je vivais dans une maison pleine de femmes, personne ne voulait m’emmener voir un combat. (suite…)